Responsables : Magali Nachtergael et Frédéric Sylvanise

Aujourd’hui, fluidifiée par le numérique qui tend à gommer les frontières entre les arts, la transposition artistique se trouve investie de nouveaux enjeux idéologiques, parmi lesquels le désir de résistance forme une motivation puissante.

L’histoire des transpositions esthétiques s’inscrit dans un temps long et mouvementé. Bien connue depuis la Renaissance et son précepte d’ut pictura poesis tiré de la lecture d’Horace, la transposition artistique avait donné lieu à deux siècles de « poétique » suivis de l’avènement de l’esthétique idéaliste allemande, à l’horizon du Romantisme. Cette histoire pleine de remous se poursuit au XIXe siècle, dessinant des rapports de force et d’influence entre les arts et les disciplines, provoquant des phénomènes de rupture ou d’hybridation entre les genres.

Dans le paysage actuel, on aurait tendance à n’avoir en vue que le mainstream et les industries culturelles, réputées véhiculer une vulgate mondialisée. Ce serait oublier combien, selon le mot de Deleuze, les minorités remontent toujours le courant des majorités les plus arrogantes. Au-delà du mainstream, en écho avec la culture légitime comme avec la culture mondialisée, l’espace qui nous intéresse est traversé par de nouvelles intensités. C’est à elles que nous nous attachons.

Notre travail comporte trois volets interdépendants. Un volet théorique, « Poétiques numériques », s’intéresse aux nouveaux rapports qu’entretiennent l’écriture et le texte après l’irruption du numérique. On s’interrogera notamment sur l’irruption de cadres de visibilité inédits induisant la transformation des objets ainsi saisis. Le second volet, « Radicalités et subversion », concerne tout ce qui est à rebours de la culture mainstream : subculture, contreculture, underground, en étudiant particulièrement le jeu des détournements et des réappropriations dans un espace mental encore structuré, quoique de façon spectrale, par l’opposition résiduelle entre culture bourgeoise et culture populaire. Le troisième volet s’attache à la confrontation des arts entre eux, au passage d’un art à un autre, mais aussi aux rapports qu’entretiennent les arts avec les autres domaines du savoir et de la communication. Il étudie les effets qui en résultent et le type de culture que ces articulations mettent en jeu et s’intéresse aux nouveaux espaces « inventés » (c’est-à-dire à la fois découverts et mis en représentation) par les arts, et à leur cristallisation formelle, permettant d’articuler évolution des poétiques et des mentalités.