Responsables : Mathilde Lévêque et Claire Parfait

L’axe 4 a pour objectif d’utiliser les notions de circulations, de transferts et d’adaptations pour examiner les questions de formation des identités et de construction de l’altérité. Cette approche interculturelle et comparative se décline en quatre grands thèmes dans les pôles suivants :

  1. Circulation des personnes, des biens culturels, des textes, des idées (ou absence de circulation) ;
  2. Construction des images de l’autre (de l’ailleurs et du passé) ;
  3. Écriture de l’histoire et transmission du passé ;
  4. Courants linguistiques, discours et langues: constructions et ajustements.
  • Dans le domaine de la culture, en particulier de l’imprimé, on s’intéressera à la circulation des textes en révisant la notion de “communautés imaginées” proposée par Benedict Anderson dans les années 1980 et qu’Anderson définissait à l’échelle de la nation. Les historiens du livre ont depuis rappelé que les livres ont toujours voyagé, et que les histoires nationales du livre et de la littérature ne sont que l’avatar le plus récent du nationalisme, né du désir des nations de s’attribuer des auteurs, des titres, désir affiché dans les titres de collections, d’anthologies et autres ouvrages de référence. L’un des projets de l’axe 4 sera par conséquent de suivre le cheminement de textes et de pratiques dans d’autres lieux, d’autres aires linguistiques, géographiques et cultuelles, de poser la question des réseaux, formels et informels, qui permettaient ces circulations, et d’examiner la construction des littératures dites nationales. Qu’il s’agisse d’intraduction ou d’extraduction, l’accès au livre étranger dessine une certaine image de la culture de départ / d’arrivée. Il importe donc également d’analyser ce qui est exclus de la circulation, notion encore peu explorée.
  • La construction de l’image de l’Autre, et donc de soi, est au coeur de la démarche de l’axe 4. Dire “soi” n’est pas dire “je”, selon la problématique étudiée par Paul Ricoeur dans Soi-même comme un autre. Cette construction sera analysée sous divers angles qui reflètent les domaines d’expertise des membres de l’axe: représentation de l’Autre en littérature, récit de voyage, littérature jeunesse, peinture, cinéma et arts du spectacle, mais également en politique, puisque les phénomènes d’inclusion et d’exclusion reflètent tout en la modelant une certaine image de l’Autre.
  • La représentation du passé et les modalités de transmission de la mémoire sont des enjeux politiques et identitaires de première importance, qui ont évolué au cours du temps. L’un des thèmes de travail de l’axe 4 portera sur les écritures et réécritures de l’histoire, sur la construction de la mémoire dans plusieurs aires culturelles, mais également dans une perspective diachronique. La présence dans l’axe 4 de spécialistes de l’historiographie de périodes et de lieux très divers (dont l’Empire romain, le Moyen Age, les Etats-Unis) permettra une confrontation riche de points de vue et d’approches. La littérature et les arts, autres lieux majeurs de mise en récit de l’histoire, offriront une perspective sémiotique sur la construction des identités et d’altérité.
  • La linguistique est le quatrième grand thème de l’axe et complète la réflexion tournant autour des notions de circulations et adaptations dans une perspective comparatiste. La recherche se déploie en gros sur trois grands volets. Tout d’abord, l’examen critique de différents courants théoriques conduit à analyser l’adéquation des constructions théoriques aux données empiriques et les éventuelles transformations de concepts ou méthodes empruntés à d’autres cadres théoriques. Ensuite, l’analyse des langues prolonge le biais comparatiste par la dimension de linguistique contrastive. Enfin, l’analyse linguistique elle-même s’attache à décrire les formes des langues et, le cas échéant, le soubassement de leurs constructions par un locuteur-énonciateur porteur de sa propre représentation et de celle de son co-locuteur. La dimension interculturelle se retrouve dans l’étude des variétés de langues et des sociolectes de différents groupes à l’intérieur d’un même espace linguistique.

Le travail en commun autour de ces thèmes par des spécialistes venus de disciplines différentes et étudiant des aires géographiques et des périodes historiques très diverses permettra d’enrichir la réflexion épistémologique de chacun. Il s’agira à la fois d’alimenter la réflexion théorique sur la pluridisciplinarité qui sous-tend la création de Pléiade et de pratiquer cette pluridisciplinarité.