« Des contre-archives à l’épreuve. Généalogie, pratiques et usages »
« Des contre-archives à l’épreuve. Généalogie, pratiques et usages »
Vendredi 20 mars
Salle 0.031 – Bâtiment de recherche sud
Campus Condorcet – Aubervilliers
Ce projet de journée d’étude inscrit dans l’axe « Pouvoirs, Conflits, Mémoires », propose une réflexion approfondie sur les notions d’« archives des marges », de « contre-archives » et d’« archives du pouvoir ». Il s’agit moins d’interroger l’archive comme simple réservoir documentaire que de la penser comme un dispositif épistémologique central dans la construction du savoir historique. L’archive n’est pas un donné neutre : elle résulte d’opérations de sélection, de classement, de consignation et de légitimation qui participent à la fabrication d’un récit du passé. À ce titre, elle constitue un lieu d’exercice du pouvoir. Décider ce qui mérite d’être conservé, rendu consultable, numérisé ou au contraire occulté revient à instituer une hiérarchie des mémoires et des événements. L’historien se trouve ainsi confronté à une double tension : d’une part, l’accès inégal aux fonds (notamment officiels ou privés), d’autre part, la nécessité de problématiser les conditions mêmes de production et de conservation des sources. L’archive devient alors non seulement une source, mais un objet d’analyse à part entière.
Le projet interroge également la frontière mouvante entre mémoire individuelle, mémoire collective et récit historique. Les correspondances privées, journaux intimes, autobiographies, archives communautaires ou numériques déplacent les cadres traditionnels de l’érudition et obligent à repenser les critères de validité, d’authenticité et de preuve. Que signifie « matérialiser une preuve » à partir de témoignages, notamment dans des contextes de violences politiques ou de post-conflit ? Comment articuler exigence critique, droit à la vérité et usages juridiques, réparatoires ou mémoriels des archives ? Ces questions révèlent que la production du savoir historique est indissociable d’enjeux éthiques et politiques.
La réflexion s’étend aux mécanismes de constitution de contre-archives face aux dispositifs hégémoniques. Les initiatives individuelles, artistiques ou militantes, ainsi que les archives numériques, participent à la mise en visibilité de mémoires marginalisées, de savoirs dominés ou de récits concurrents. Elles soulignent que l’archive est aussi un espace de conflictualité : entre institution et marge, entre mémoire officielle et mémoires subalternes, entre conservation et révisionnisme.
Enfin, le projet invite à penser l’archive dans ses usages contemporains, notamment dans les musées de la mémoire, les commissions vérité ou les pratiques artistiques. Loin d’être un simple support documentaire, l’archive devient un opérateur de reconfiguration du passé, un outil de reconnaissance, de réparation et parfois de réconciliation. Elle engage ainsi une réflexion sur les conditions de possibilité du savoir historique : ses sources, ses médiations techniques, ses cadres institutionnels et ses effets sociaux.
En somme, cette journée d’étude entend déplacer le regard de l’archive comme trace vers l’archive comme construction, en soulignant sa dimension épistémologique fondamentale : l’histoire ne se contente pas d’exploiter les archives, elle se construit avec et à travers elles, dans un champ traversé par des rapports de pouvoir, des luttes mémorielles et des enjeux de légitimation du vrai.
Programme
9h : Introduction : Archives et contre archives. Définitions et concepts
9h30 : Olivier Marin : Les contre-archives, slogan ou vrai concept ? Les perplexités d’un médiéviste
10h : Héloïse Hermant : Archives du désordre dans l’Espagne des Habsbourg. Papiers sensibles, histoire
sociopolitique de l’usage des dépôts et regard historien
10h30 : Laure Godineau : Archives et/ou « contre-archives » ? Réflexion historienne sur les sources de
la Commune de Paris de 1871
Pause Café (20 mn)
11h20 : Elsa Génard : Archives des vies enfermées : une histoire des pratiques historiennes
11h50 : Isabelle Mons : Archives privées : du désir de mémoire au récit de résistances
12h30-14h00 : pause déjeuner
14h00 : Juan Carlos Baeza Soto : Contre-archives et conflits mémoriels en Amérique latine
14h30 : Céline Planchou : Sur les traces de l’autochtonie urbaine à Rapid City : quelles sources pour
travailler sur l’histoire lakota dans une petite ville de l’Ouest étatsunien ?
15h : Camille Martinerie : Les contre-archives en Afrique du Sud : un état de la recherche depuis 1994
15h30 : Françoise Palleau-Papin : La fiction, masque de l’archive chez W. S. Merwin
16h-16h20 : Pause
16h20-17h30 : Table ronde de réflexion sur le bilan de la Journée d’Etudes, en vue du colloque 2027

